COVID-19 et Risques Psychosociaux (RPS) post-confinement : à quoi faut-il être vigilant dans son organisation ?

Laetitia PARRENNE

Laetitia PARRENNE

COVID-19 et Risques Psychosociaux (RPS) post-confinement : à quoi faut-il être vigilant dans son organisation ?

Confinement et déconfinement : un impact fort sur nos pratiques professionnelles 

L’annonce du confinement et les jours qui ont suivis ont bousculé nos modes de fonctionnement. Il a fallu s’adapter en peu de temps : déployer massivement le télétravail, parfois dans des secteurs peu familiers avec cette pratique ; réajuster les charges de travail et l’activité ; concilier, pour certains, vie professionnelle et vie personnelle dans le même espace.

Aujourd’hui, nous sommes en période de déconfinement et nous sommes toujours impactés par le changement impliqué par la crise sanitaire liée au COVID-19. Les usages suivants tendent à s’inscrire dans la durée pour une part importante des salariés :

  • S’organiser différemment, avec une vision court terme du fait de l’incertitude concernant l’évolution de la situation liée au COVID-19
  • Maintenir du lien avec les équipes avec des outils technologiques (téléphone, visioconférence)
  • Manager des équipes dont les salariés sont dans différentes situations (sur site, en télétravail, en chômage partiel)

Il s’agit d’un changement dimensionnant sur les plans organisationnels, digitaux et culturels, qui n’est pas sans conséquences pour les travailleurs.

Actions de prévention post-confinement : un accent mis sur la dimension sanitaire

Les moyens de prévention concernant la période post-confinement ont renvoyé à la mise en place de mesures sanitaires pour assurer la  prise de l’activité (réaménagement des bureaux, réduction du nombre des personnes présentes dans l’organisation, moyens de protection…). Ces mesures sont légitimes mais pas suffisantes pour couvrir les problématiques vécues par les entreprises. En effet, elles garantissent la sécurité des travailleurs mais la santé mentale est aussi à la charge de l’employeur. Pour rappel, il appartient à l’employeur de prendre les mesures nécessaire pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs (article L. 4121-1 du Code du travail. et suivants). Alors, qu’en est-il de la santé mentale ?

COVID-19 : les risques psychosociaux (RPS) liés au déconfinement  

Ce n’est pas parce les risques psychosociaux ne sont pas autant pris en compte dans les Plans de Reprise d’Activité (PRA), qu’ils ont moins d’importance. Comme souvent, le défaut de prévention peut conduire à des situations très complexes à gérer par la suite (conflits, violences, épuisement professionnel, présentéisme, absentéisme..). Voici les principaux points de vigilance, que j’identifie dans mon activité professionnelle et qu’il est nécessaire de prendre en compte pour éviter le développement de risques psychosociaux :

  • Le stress lié à la reprise de l’activité, avec la crainte de se retrouver sur le lieu de travail. Les mesures sanitaires permettent de protéger les salariés. Pour certains, le manque de visibilité sur ces mesures ou la crainte qu’elles soient insuffisantes peuvent générer de l’anxiété.
  • La dynamique de groupe qui est mise à mal avec la distance physique et sociale : la cohésion de groupe est-elle bonne ? De nouveaux paradigmes sociaux sont à envisager et construire avec la distance sociale ?
  • Le changement de rythme et d’organisation lors de la reprise de l’activité en présentiel, avec une conciliation entre la vie personnelle et professionnelle à reconstruire.
  • Les tensions intériorisées (sentiment d’injustice, colère, manque de reconnaissance, ressentiment, sentiment d’abandon ou d’exclusion…) qui ne sont pas encore exprimées peuvent s’inscrire dans la temps et s’amplifier si elles ne sont pas traitées.
  • Le phénomène d’épuisement professionnel en particulier pour les cadres, qui se caractérise par la difficulté à gérer la charge de travail et les priorités dans un contexte incertain, une animation des équipes qui peut être chronophage et énergivore, ainsi qu’une forte charge cognitive liée à l’utilisation des outils digitaux.
  • La perte ou l’augmentation de l’autonomie : soit passer d’un cadre libre avec le télétravail à un cadre plus restreint, avec davantage de contrôle. Soit passer d’un cadre sécurisant à une autonomie plus large avec un manque de repères. Il apparait déjà que des salariés souhaitent davantage opter pour le télétravail à l’avenir (estimation 3/4 des français selon plusieurs études). 
  • La perte du sens du travail qui peut s’accompagner d’un désengagement et d’une prise de distance lorsque les conditions de l’activité ont évolué. Un conflit de valeurs ou un sentiment d’inutilité peuvent survenir. 

Ces facteurs ne sont pas exhaustifs. Ils dépendent en partie des secteurs d’activités et des situations vécues. Par exemple, pour les collectivités territoriales, la relation aux usagers peut être plus difficile du fait de la précarisation de certaines situations professionnelles et familiales. Dans le privé, la peur de perdre son emploi peut impliquer un sentiment d’insécurité lorsque le salarié est en chômage partiel depuis plusieurs semaines.

L’identification de ces facteurs de risques psychosociaux permettra par la suite à un plan de prévention plus adapté.

Quels leviers d’actions ?

La réglementation précise les obligations de l’employeur. Ce dernier doit évaluer les risques professionnels dans son organisation (cf. les 9 principes de prévention). Plus précisément, il est prévu que l’employeur mette à jour le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels.

Pour rappel, depuis le 7 novembre 2002, l’employeur (ou chef d’établissement) ayant un ou des salariés doit établir un Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (décret n°2001-1016 du 5 novembre 2001 – article R. 230-1 et suivants). Les résultats de l’évaluation sont transcrit dans ce document. Il s’agit de formaliser l’évaluation des risques de différentes natures : risques biologiques, risques chimiques, risques incendie, risques routier, risques de chute et de plain-pied… et bien sûr les risques psychosociaux.

La réalisation du Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) et plus largement la prévention des risques psychosociaux (RPS) peut être entreprise en interne par un groupe pluridisciplinaire (médecine du travail, management, Instances représentatives du Personnel, préventeur, RH…) ou par un partenaire externe (IPRPIntervenant Prévention en Risques Professionnels enregistré à la DIRECCTE). L’IPRP peut également accompagner le groupe pluridisciplinaire dans cette démarche. Vous déciderez ensemble du recueil de données (questionnaire, entretiens collectifs, entretiens individuels…).

La démarche d’évaluation vous permettra d’identifier les sources de danger par unité de travail, d’analyser et évaluer les risques puis d’identifier les actions adaptées.

Pour conclure 

Comme évoqué dans l’article « Les Risques Psychosociaux ou RPS : Prévention individuelle, collective et collaborative », la prévention des risques psychosociaux est un sujet collectif. Les actions mises en place devront être spécifiques à votre organisation. Le regard croisé des différents professionnels est une richesse.

En plus d’être obligatoire, cette démarche de prévention vous aidera à sécuriser la reprise progressive de l’activité à limiter les résistances liées à la reprise et à montrer à vos salariés votre intérêt pour la prévention des risques psychosociaux (RPS) et la Qualité de Vie au Travail (QVT).

Pour aller plus loin

Laetitia Parrenne – Fondatrice Humano Modo
Coaching Professionnel I Conseil I Formation
Bretagne – Grand Ouest – Ile de France & Intervention à Distance
E-mail : laetitia.parrenne@humano-modo.com
Site : www.humano-modo.com

 

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